Cotisation retraite auto-entrepreneur : êtes-vous concerné ?

Un chiffre, froid et sans appel : près d’un tiers des micro-entrepreneurs n’acquièrent aucun trimestre de retraite certains années. Ce constat, peu médiatisé, révèle la réalité d’un statut qui fascine par sa souplesse mais expose à des angles morts, parfois lourds de conséquences sur la vie future.

Depuis 2020, le parcours des auto-entrepreneurs s’est complexifié : pour valider des trimestres de retraite, il ne suffit plus de déclarer une activité. Un seuil de chiffre d’affaires s’impose, et certains professionnels traversent plusieurs années d’activité sans engranger assez de droits pour leur retraite de base ou complémentaire. À la différence d’autres régimes, déclarer son activité ne garantit donc pas l’accès à l’ensemble des droits retraite. L’automaticité n’existe pas ; il faut franchir la barre du chiffre d’affaires minimal.

Le montant des cotisations et l’étendue des droits retraite varient selon la nature de l’activité, relevant soit de la Sécurité sociale des indépendants, soit de la CIPAV. Trop souvent, les indépendants découvrent tardivement qu’ils n’ont pas cotisé là où ils l’imaginaient, ou que leurs droits sont moindres que prévu. À la clé : des disparités entre secteurs, et des écarts parfois saisissants sur le montant des futures pensions.

Comprendre la retraite complémentaire en micro-entreprise : qui est concerné ?

La retraite complémentaire touche la vaste majorité des micro-entrepreneurs, mais tout dépend du secteur d’activité et du régime d’affiliation. D’un côté, les commerçants, artisans et professions libérales non réglementées sont rattachés à l’Assurance retraite du régime général et au Régime complémentaire des indépendants (RCI). De l’autre, les professions libérales réglementées (architectes, ostéopathes, ingénieurs-conseils…) cotisent à la CIPAV.

Les règles d’affiliation changent selon le statut et l’activité. Un auto-entrepreneur en micro-BIC ou micro-BNC n’est pas forcément logé à la même enseigne qu’un affilié CIPAV. Changement majeur depuis 2018 : les professions libérales non réglementées, comme les consultants, sont passées sous le régime général, ne relevant plus de la CIPAV. Les règles évoluent vite ; certains indépendants découvrent après coup que leur caisse de rattachement n’est pas celle qu’ils pensaient.

Voici comment se répartissent les affiliations pour la retraite complémentaire :

  • Les professions libérales réglementées restent à la CIPAV.
  • Commerçants, artisans et professions non réglementées cotisent au RCI via le régime général.

La situation de chaque micro-entrepreneur dépend donc de son secteur, de sa caisse d’affiliation et de son chiffre d’affaires. Les cotisations sociales, collectées par l’URSSAF, sont ensuite reversées aux caisses correspondantes. La diversité des parcours est frappante : deux indépendants avec des revenus identiques peuvent se retrouver avec des droits retraite très différents. Naviguer dans ces règles mouvantes impose de rester attentif, sous peine de déconvenue le jour où il faudra liquider ses droits.

Quels droits à la retraite pour les auto-entrepreneurs ?

Le statut d’auto-entrepreneur donne accès à la retraite de base et à la retraite complémentaire. Mais pour valider un trimestre, il ne suffit pas d’avoir une activité en cours : il faut franchir un seuil de chiffre d’affaires chaque année. Ce minimum varie selon l’activité : 2 736 € pour les commerçants, 3 486 € pour les professions libérales et la prestation de services (barèmes 2024). Atteindre le seuil valide un trimestre, avec un maximum de quatre trimestres par an.

La validation de ces trimestres retraite conditionne le montant et le taux de la future pension. L’âge légal de départ s’établit à 64 ans (hors exceptions). Le montant de la pension dépend du nombre de trimestres engrangés et du revenu déclaré : un auto-entrepreneur dont le chiffre d’affaires reste faible plusieurs années de suite risque de percevoir une pension réduite, parfois inférieure au minimum contributif.

Côté retraite complémentaire, la règle dépend du régime d’affiliation : la majorité relève du RCI, certaines professions libérales réglementées de la CIPAV. Là, les droits s’acquièrent en points, attribués selon le revenu déclaré : plus le chiffre d’affaires monte, plus le nombre de points grimpe.

L’auto-entrepreneur a aussi la possibilité de se constituer une épargne supplémentaire, via un plan épargne retraite ou une assurance-vie. Le cumul emploi-retraite reste envisageable, sous conditions : il permet de poursuivre l’activité tout en percevant sa pension.

Comment fonctionnent les cotisations retraite dans le régime auto-entrepreneur ?

Le calcul des cotisations retraite auto-entrepreneur est limpide : tout part du chiffre d’affaires déclaré. L’URSSAF prélève chaque mois ou chaque trimestre un pourcentage qui varie selon l’activité. Ce taux englobe retraite de base, complémentaire, assurance maladie, CSG-CRDS et autres contributions.

Voici les taux de cotisation appliqués par activité :

  • 12,3 % pour une activité commerciale (BIC)
  • 21,2 % pour les prestations de services commerciales ou artisanales (BIC)
  • 21,1 % pour les professions libérales (BNC)

Avant calcul, un abattement forfaitaire réduit la base imposable : 71 % pour l’achat-revente, 50 % pour les services, 34 % pour les professions libérales. Résultat : la base de calcul des droits retraite est inférieure au chiffre d’affaires réel. Une absence de chiffre d’affaires sur une période donnée signifie aucun droit acquis pour la retraite sur cette même période. Il faut donc surveiller le seuil minimum de chiffre d’affaires pour espérer valider des trimestres.

La plupart des auto-entrepreneurs dépendent de la Sécurité sociale des indépendants, tandis que les professions libérales affiliées à la CIPAV suivent des règles distinctes, notamment pour la retraite complémentaire. D’une année sur l’autre, nombre de trimestres et points acquis fluctuent selon le niveau de revenus déclarés. D’où l’intérêt d’un suivi précis.

Estimer sa future retraite complémentaire : les démarches et outils à connaître

Pour l’auto-entrepreneur, anticiper le montant de la retraite complémentaire relève souvent du casse-tête. Loin des modèles salariés, l’estimation dépend de plusieurs paramètres : revenu annuel moyen, nombre de trimestres validés, régime d’affiliation (régime général ou CIPAV), droits à la retraite de base et à la complémentaire.

Première étape : regrouper toutes ses déclarations de chiffre d’affaires. Ce sont elles qui serviront de socle au calcul. Les organismes tels que la CARSAT, la CNAV ou la CGSS (pour les DOM) mettent à disposition des simulateurs en ligne capables de fournir une première estimation de la pension. Ces outils s’appuient sur la valeur du point et le taux de retraite actualisés chaque année par la législation.

Du côté des professions libérales affiliées à la CIPAV, un portail dédié permet d’entrer ses revenus, la durée d’activité et la durée de référence. Le simulateur traduit ces informations en points retraite, puis en euros, selon la valeur du point en vigueur. À noter : la loi spéciale n° 2025-1316 a modifié certains paramètres, notamment les seuils de validation des droits. Ces évolutions peuvent impacter directement le montant retraite auto-entrepreneur ; il faut donc surveiller les changements réglementaires.

Pour ne rien laisser au hasard, trois réflexes à adopter :

  • Conservez soigneusement attestations URSSAF et justificatifs de revenus.
  • Consultez régulièrement les espaces personnels de la CNAV ou de la CIPAV.
  • Comparez vos droits acquis avec les plafonds du PASS ou du SMIC pour repérer d’éventuels écarts.

Le parcours de l’auto-entrepreneur vers la retraite ressemble à une traversée : chaque choix, chaque seuil de chiffre d’affaires, chaque régime d’affiliation façonne la pension de demain. Au fil des ans, c’est la vigilance et l’anticipation qui dessinent la ligne d’arrivée.

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