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Alors que le concept de revenu universel ou « de base » s’imite progressivement, certains décident d’aller encore plus loin et de vivre volontairement sans argent Image : zooboing . Pourquoi ? Comment ? Des réponses avec cinq parcours de vie en France et à l’étranger.
Heidemarie Schwermer, 17 ans sans le moindre euro
En 1996, Heidemarie Schwermer, ancienne professeure d’allemand aujourd’hui septuagénaire, a fait le choix radical de tirer un trait sur l’argent. Convaincue qu’elle n’avait besoin que de peu pour vivre, elle a vendu son appartement, laissé ses enfants se débrouiller, et s’est lancée dans une vie nomade. Son quotidien se construit autour du troc de compétences : un coup de main vaut hébergement, un repas partagé remplace le ticket de caisse.
Pour elle, l’argent dévie de l’essentiel. En élaguant le superflu, elle a trouvé, dit-elle, un mode de vie plus sain, plus heureux. Elle a raconté ce parcours dans deux ouvrages, dont les bénéfices sont intégralement reversés à des associations, et inspiré le documentaire « Vivre sans argent ».
Vivre sans argent est possible grâce à Gentside
Daniel Suelo, quatorze ans sans le moindre billet
Daniel Shellabarger, alias Daniel Suelo, a coupé les ponts avec l’argent depuis septembre 2000. Né dans la classe moyenne américaine, diplômé, en bonne santé, il a ressenti un soulagement total en tournant le dos à l’identité administrative, au permis de conduire, et en troquant son nom contre « Suelo ». Sa maison ? Une grotte cachée dans les montagnes de l’Utah.
Il vit de cueillettes, de glanage, de dons, sans rien attendre en retour. Cette économie du don lui permet de couvrir ses besoins de base, mais aussi de tisser des amitiés et de donner du sens à sa vie, comme le décrit le livre de Mark Sundeen. Suelo refuse tout : aide sociale, bons alimentaires, impôts. Sa démarche ne relève pas du refus pur mais d’un autre rapport à la société.
Pour ceux qui veulent comprendre comment il s’en sort concrètement, son blog détaille son mode de vie, tout comme ces deux reportages en anglais :
Reportage pour la BBC
The American Who Quit Money To Live In A Cave de David Eckenrode sur Vimeo.
Reportage de la série The Brave New World
L’homme qui a abandonné l’argent de Sacred Resonance sur Vimeo.
Elf Pavlik, cinq ans sur les routes sans portefeuille
Développeur web, ancien du secteur du luxe aux États-Unis, Elf Pavlik a tout quitté il y a cinq ans. Depuis, il met ses compétences au service de projets d’intérêt général, voyage léger, un simple sac à dos suffit, et s’appuie sur la solidarité et l’échange, comme on le découvre dans le premier épisode de la série web Side Ways, très documentée sur son expérience.
Mark Boyle, deux ans sans monnaie en Angleterre
À 35 ans, Mark Boyle a compilé son expérience dans « The Moneyless Manifesto ». Armé d’un panneau solaire pour l’électricité et d’un four à bois, il s’est plongé dans une « économie libre » pour explorer d’autres manières d’exister et maintenir des liens sociaux forts. Sa démarche et ses réflexions sont expliquées dans une vidéo (en anglais).
Son site Web old.justfortheloveofit.org fédère aujourd’hui quelque 50 000 membres dans le monde, dont plusieurs centaines en France, avec plus de 500 000 compétences à échanger. Le réseau a même fusionné avec StreetBank, une plateforme dédiée à l’échange de services et de savoirs.
Son témoignage est désormais disponible en français chez Les Arènes Editions sous le titre L’Homme sans argent.
En France, Benjamin Lesage, trois ans hors du système monétaire
Benjamin Lesage partage son expérience dans Rue89, prouvant que vivre sans argent est aussi possible en France. « La confiance, aujourd’hui, est accaparée par les banques et les billets. Si l’argent a tant de poids, c’est parce qu’on croit en sa valeur, on pense qu’avec quelques euros on aura tout ce qu’il nous faut », explique-t-il. Pour lui, il devient urgent de restaurer une confiance directe dans la société.
En citant Charles Eisenstein (voir vidéo), il défend l’idée que l’économie du don n’est rien d’autre que la suite logique de notre évolution, à condition de transformer nos habitudes : il imagine des communautés de 200 personnes, où la coopération remplacerait la compétition, à la condition de réinventer nos cadres sociaux et économiques.
Finalement, qui aurait cru qu’on puisse tracer sa route sans passer par la case distributeur ? Et vous, cette expérience vous attire-t-elle ?
Anne-Sophie Novel / @SoAnn sur
twitter Pour aller plus loin
Pour prolonger la réflexion sur le refus de l’argent, voici une ressource à consulter :
- Pourquoi se débarrasser de l’argent ? Sur Reporterre
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